Le père de Marcel marchande une commode chez un brocanteur. Comme celui-ci refuse de baisser son prix, l’acheteur décide de quitter le magasin.

 

Le brocanteur me retint par le bras en criant : « Attendez ! »

Puis il regarda mon père avec une tristesse indignée, secoua la tête, et me dit : « Comme il est violent ! »

Il s’avança vers lui, et parla solennellement :

« Sur ce prix,  ne discutons plus : c’est cinquante francs ; ça m’est impossible de le raccourcir. Mais nous pouvons peut-être allonger la marchandise. »

Il entra dans sa boutique : mon père me fit un clin d’œil triomphal et nous le suivîmes.

Il y avait des remparts d’armoires, des miroirs lépreux, des casques, des pendules, des bêtes empaillées. Il plongea son bras dans ce fouillis, et en retira divers objets.

« Premièrement, dit-il, puisque vous aimez le moderne, je vous donne en plus cette table de nuit en tôle émaillée, et ce robinet col de cygne, nickelé par galvanoplastie. Vous ne direz pas que ce n’est pas moderne ! Deuxièmement, je vous donne ce fusil arabe damasquiné, qui n’est pas un fusil à pierre, mais à capsule. Et regardez, ajouta-t-il à voix basse, les initiales en lettres arabes qui sont gravées sur la crosse ! »

Il nous montra des signes qui avaient l’air d’une poignée de virgules, et chuchota : « A. et K. Avez-vous saisi ?

— Vous allez m’affirmer, dit mon père, que c’est le propre fusil Abd el-Kader ?

— Je n’affirme rien, dit le brocanteur avec conviction. Mais on a vu plus fort ! A bon entendeur, salut ! Je vous donne en plus ce pare-étincelles en cuivre découpé, ce parapluie de berger (qui sera comme neuf si vous changez seulement la toile), ce tam-tam de la Côte d’Ivoire - qui est une pièce de collection - et ce fer à repasser de tailleur. Est-ce que ça va ?

— C’est honnête, dit mon père. Mais je voudrais aussi cette vieille cage à poules.

— Hé hé ! dit le brocanteur, je reconnais qu’elle est vieille mais elle peut servir aussi bien qu’une neuve. Enfin, puisque c’est vous, je vous la donne. »

 

Marcel Pagnol (1895 - 1974), La Gloire de mon père, 1957

 

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