Chapitre 3

 Le nationalisme en France

 

I  L’alsace-Lorraine,miroir des nationalismes

1) La " Déesse Revanche "

Doc. 1

Dupes de ces voisins que nous appelions frères,

De leur jargon obscur naïfs admirateurs,

Nous tendions, par dessus nos tranquilles frontières,

Une loyale main à leurs maîtres-chanteurs.

Mais, puisqu’ils sont venus dans la France outragée

Des hordes d’Attila promener la terreur ;

Puisqu’ils ont – leur injure étant trois fois vengée !-

Des guerres du vieux temps ressuscité l’horreur ;

Poèmes civiques " de Victor de Laprade, 1873

1- Comment se présentent les français ?

2- Comment sont présentés les allemands

Doc. 2

[...]

L'artilleur est un fils d'Alsace, et sa patrie

Est, au nom des traités, territoire allemand;

Il est simple servant dans une batterie.

N'ayant plus de foyer, il reste au régiment.

Mais cette nuit, il est hanté de rêves sombres,

Et son coeur que l'espoir des combats remuait,

Doute à présent. Il est seul parmi les décombres,

Entre ces murs criblés et ce canon muet.

Il songe à son pays, dans ce coin solitaire.

Hélas! les jeunes gens émigrent de là-bas;

Ses parents sont trop vieux pour labourer la terre,

Et leurs filles, ses soeurs, ne se marieront pas.

La revanche promise, il n'y compte plus guère;

Combien de temps avant que nous nous rebattions ?

Et déjà les Prussiens, prêts pour une autre guerre,

Ceignent Metz et Strasbourg de nouveaux bastions.

François Coppée, " Le canon ", Le cahier rouge, 1874

1- Que devient l’Alsace-Lorraine d’après l’auteur ?

2- Comment qualifieriez-vous le ton du poème ?

3- Comment sont présentés les allemands 

 

2) Le culte des provinces perdues

[Image]

Doc.3

Carte Postale 1919 + caricature début XXème

" Voici les chères trois couleurs. Plaisir pour nos yeux, pour nos cœurs "

 

 

- Que voit-on aux pieds de l'alsacienne ?

- Que symbolise la présence de cet objet ?

Doc.4 : La dernière leçon de grammaire.

"Mes enfants, c’est la dernière fois que je vous fais la classe. L’ordre est venu de Berlin de ne plus enseigner que l’allemand dans les écoles de l’Alsace et de la Lorraine. Le nouveau maître arrive demain. Aujourd’hui c’est votre dernière leçon de français. Je vous prie d’être bien attentif..."

C’est en l’honneur de cette dernière classe qu’il avait mis ses beaux habits du dimanche, et maintenant je comprenais pourquoi ces vieux du village étaient venus s’asseoir au bout de la salle. Cela semblait dire qu’ils regrettaient de ne pas y être venus plus souvent, à cette école. C’était aussi comme une façon de remercier notre maître de ses quarante ans de bons services, et de rendre leurs devoirs à la patrie qui s’en allait...

Alors, d’une chose à l’autre, M. Hamel se mit à nous parler de la langue française, disant que c’était la plus belle langue du monde, la plus claire, la plus solide : qu’il fallait la garder entre nous et ne jamais l’oublier, parce que, quand un peuple tombe esclave, tant qu’il tient bien sa langue, c’est comme s’il tenait la clé de sa prison... Puis, il prit une grammaire et nous lut notre leçon. J’étais étonné de voir comme je comprenais. Tout ce qu’il disait me semblait facile, facile. Je crois aussi que je n’avais jamais si bien écouté, et que lui non plus n’avait jamais autant mis de patience à ses explications. On aurait dit qu’avant de s’en aller le pauvre homme voulait nous donner tout son savoir, nous le faire entrer dans la tête d’un seul coup.

Tout à coup l’horloge de l’église sonna midi, puis l’angélus. Au même moment, les trompettes des Prussiens qui revenaient de l’exercice éclatèrent sous nos fenêtres... M. Hamel se leva tout pâle, dans sa chaire. Jamais il ne m’avait paru si grand.

"Mes amis, dit-il, mes amis, je ... je ..."

Mais quelque chose l’étouffait. Il ne pouvait pas achever sa phrase.

Alors, il se tourna vers le tableau, prit un morceau de craie, et, en appuyant de toutes ses forces, il écrivit aussi gros qu’il put :

"VIVE LA FRANCE ! "

Alphonse Daudet, La dernière classe. Récit d’un petit Alsacien, Contes du Lundi, 1873, A. Lemerre.

1- Relevez dans le texte les mots et expressions qui relèvent du registre du pathétique

2- Comment sont évoqués les allemands ?

3) La peur de l’oubli

Doc.5

[... ] Quant à moi, suivant le mot d'un orateur célèbre, mon patriotisme est en France. Aussi avant de me lancer dans des expéditions coloniales, dans des expéditions militaires qui sont la caractéristique de votre politique, monsieur Jules Ferry, j'ai besoin de regarder autour de moi, et alors je songe au problème politique qui s'est imposé aux représentants de la République française quand ils se sont réunis pour la première fois dans les conditions que vous savez, en 1870, et je vois un pays dévasté par l'invasion, je vois son histoire, dans ce siècle même, qui n'est qu'une longue succession de coups de force, de révolutions, d’invasions, je vois un pays que nous avons reçu désorganisé, démembré, et je me demande quel est le premier devoir de ses représentants et des ministres qu'ils mettent à leur tête. N'est-il pas triste de penser que c'est en 1885, quinze ans après 1870, que nous sommes obligés de venir rappeler ces choses à la tribune française ?

Clémenceau, " Débats parlementaires ", 31 juillet 1885

- Repérez les passages qui évoquent implicitement l’Alsace et la Lorraine

- Recherchez pour la prochaine séance

  • un exemple de coup d’Etat ( le texte parle de " coup de force ")
  • un exemple de révolution au XIXème siècle.

- Que veut dire Clémenceau à travers la formule "  mon patriotisme est en France " ?

 

II Nationalisme et antisémitisme

Doc.6 : Affiche éléctorale du candidat Alfred Willette ( 1889 )

( Texte

1- Relevez les éléments du " programme " d’Alfred Willette.

2- Repérez dans l’affiche la figure du juif. Comment est-il dessiné ?Comment est-il défini dans le texte ?

3- Qui est le personnage au premier plan ? Que brandit-il ?

4- Qui est la femme en haut à droite de l’affiche ? Décrivez-la.

5- A quoi font allusion les objets posés à terre ?

6- Cette affiche a été rééditée en 1943. Dans quelles circonstances ? Sans quels buts ?

Doc 7 :

La Libre Parole, journal ouvertement antisémite, a lancé une souscription en faveur de la veuve du Lieutenant-Colonel Henry, qui, convaincu d’avoir fabriqué un faux pour accabler Dreyfus, s’est suicidé dans sa cellule. 18 listes de souscriptions ont été recueillies, accompagnées le plus souvent de commentaires. Leur simple lecture permet de mesurer l’exacerbation quasi obsessionnelle d’un certain antisémitisme répandu dans divers milieux de la moyenne et petite bourgeoisie.

- Un commerçant et deux employés de Nancy, en haine des juifs 5 Fr.

- Un ancien commerçant roulé par les juifs 0,50 Fr.

- Une cuisinière qui a la joie de détourner les bonnes d’acheter chez les juifs 1 Fr.

- Dans quelle île déserte se prépare-t-on à expulser et à parquer le peuple juif 1 Fr.

- Une cuisinière qui jubilerait de tenir les youpins dans ses fourneaux 0,50 Fr.

- Un curé de campagne qui fait les vœux les plus ardents pour l’extermination des deux ennemis de la France : le juif et le Franc- Maçon. 5 Fr.

- Un curé du diocèse de Bayeux. A bas les républicains de tout acabit : youpins, protestants, francs-maçons et tous les enjuivés comme eux !

1- Quel est le sentiment qui se dégage à la lecture de ces commentaires ?

2- Cherchez au CDI ce que sont les francs-maçons ? Quels sont les autres ennemis de la France ? Pourquoi selon vous ?

  

 

III L’affaire dreyfus

- Surtout, ne parlons pas de l’affaire dreyfus !
- Ils en ont parlé….

Doc.8 : Le dîner en famille ( Le Figaro, 14 fevrier 1898 ). Composition de Caran d’Ache

Quel climat traduit ce dessin de presse ?

 Doc 9 : Chronologie de l’affaire Dreyfus

6 octobre 1894 : Le Service de renseignements français attribue au capitaine Dreyfus, stagiaire à l’état-major général, la paternité d’une lettre adressée à l’attaché militaire à l’ambassade d’Allemagne à Paris annonçant l’envoi de documents militaires. Cette lettre sera appelée le bordereau.

15 octobre 1894 : Dreyfus est arrêté et emprisonné.

1er novembre 1894 : La Libre Parole écrit "L’affaire sera étouffé parce que cet officier est Juif."

22 décembre 1894 : Dreyfus est condamné à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée sur la base d’un dossier secret comprenant de faux documents.

5 janvier 1895 : Dreyfus est solennellement dégradé dans la grande cour de l’École militaire bien qu’il proteste de son innocence.

21 mars 1895 : Il arrive en Guyane dans une cage de fer puis sera transféré à l’île du Diable.

Juillet 1896 : Le nouveau chef du Service de renseignements (Picquart) constate la similitude de l’écriture du bordereau avec celle du commandant français Esterhazy. Il est peu à peu persuadé de l’erreur judiciaire et tente en vain de convaincre ses supérieurs les généraux Boisdeffre et Gonse.

2 novembre 1896 : Le commandant Henry du Service de renseignements remet au général Gonse un document saisi à l’ambassade d’Allemagne accablant Dreyfus.

Octobre 1897 : Scheurer-Kestner, vice-président du Sénat, informé indirectement par Picquart décide d’agir pour une révision du procès.

15 novembre 1897 : Mathieu Dreyfus, frère d’Alfred, porte plainte contre Esterhazy qu’il accuse être l’auteur du bordereau.

10-11 janvier 1898 : Procès à huis-clos d’Esterhazy qui est acquitté.

13 janvier 1898 : Picquart est puni de 60 jours de forteresse et, au Sénat, Scheurer-Kestner n’est pas réélu à la vice-présidence.

L’Aurore publie la lettre ouverte d’Émile Zola au président de la République : "J’accuse" ; dans les jours qui suivent, de nombreuses manifestations ont lieu en faveur de l’armée puis contre Zola, et contre les Juifs.

13 juillet 1898 : Picquart est emprisonné et il restera 11 mois en prison.

18 juillet 1898 : Zola est condamné à un an de prison et à 3 000 francs d’amende. Il part en exil pour Londres.

13 août 1898 : Le capitaine Cuignet met au jour le truquage du "faux Henry".

30 août 1898 : Le lieutenant-colonel Henry reconnaît être l’auteur de la lettre d’octobre 1896 dans laquelle Dreyfus est nommé. Arrêté, il est retrouvé mort la gorge tranchée le lendemain.

4 septembre 1898 : Esterhazy fuit en Belgique, puis en Angleterre.

5 juin 1899 : Retour de Zola en France.

13 juin 1899 : Picquart bénéficie d’un non-lieu.

18 juillet 1899 : Esterhazy déclare dans la presse être l’auteur du bordereau qu’il aurait écrit sur l’ordre de ses chefs.

8 août 1899 : Le second procès Dreyfus s’ouvre à Rennes.

9 septembre 1899 : 5 jurés sur 7 réitèrent le jugement de 1894 ; Dreyfus est condamné à 10 ans de réclusion.

19 septembre 1899 : Loubet, président de la République, signe la grâce de Dreyfus.

12 juillet 1906 : La Cour de cassation casse le verdict de Rennes ; Dreyfus est réhabilité.

13 juillet 1906 : Dreyfus est réintégré dans l’armée et est élevé à la dignité d’officier de la légion d’honneur.

25 octobre 1906 : Picquart est nommé ministre de la Guerre.

11 juillet 1935 : mort du lieutenant-colonel Alfred Dreyfus.

1- Retrouvez à travers cette chronologie les différentes étapes qui jalonnent l’affaire Dreyfus.

2- Pourquoi selon vous cette affaire a t-elle eu un tel retentissement ?

 

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